Pages

vendredi 8 septembre 2017

Une tentative de vol d'un poisson par un faucon pèlerin sur un balbuzard pêcheur?

Le 13 août 2017 Pierre Pesant a documenté une scène inhabituelle à Boucherville, près de Montréal: un faucon pèlerin immature qui poursuivait un balbuzard pêcheur qui transportait un poisson. Plusieurs photos sont visibles dans son rapport eBird.

Les faucons pèlerins n'hésitent pas à poursuivre et à attaquer d'autres oiseaux de proie, parfois nettement plus grands qu'eux, mais ce comportement s'observe généralement lors de la saison de nidification pour défendre le nid contre des prédateurs potentiels. Par ailleurs les faucons pèlerins juvéniles (i.e., nés dans l'année) s'amusent parfois à poursuivre de grands oiseaux, inconscients du risque encouru (le poursuiveur pourrait rapidement devenir le poursuivant). Ici le poursuivi est un balbuzard pêcheur alourdi par sa proie, ce qui facilite les choses pour le faucon pèlerin. Mais le faucon semble être un immature (i.e., né l'an dernier) et non un juvénile donc l'hypothèse du jeu ne tient plus vraiment. Puisque poursuivre un autre oiseau consomme de l'énergie on peut penser que le faucon pèlerin espérait tirer quelque chose de cette poursuite, et le quelque chose pourrait bien être le poisson... 

Le poisson est une nourriture très inhabituelle pour le faucon pèlerin. Le faucon pèlerin se nourrit en effet très majoritairement d'oiseaux, généralement attrapés en vol. Viennent ensuite plus rarement les petits mammifères. Seulement quelques observations font état de reptile ou de poisson, voir par exemple les références à des observations de faucon pèlerin tentant de voler un poisson à un balbuzard dans cet article de Western North American Naturalist (2013). Cet article rapporte l'observation d'une femelle faucon pèlerin qui nourrissait sur une base régulière ses fauconneaux  avec du poisson (apparemment des truites) dans le nord de l'Arizona, alors que le mâle, lui, rapportait des oiseaux. L'auteur n'a pas réussi à découvrir où et comment la femelle s'approvisionnait en poisson.

Un autre article, également publié en 2013, rapporte 2 observations de faucon pèlerin surpris en train d'attraper des poissons au Brésil.  Dans le premier cas le faucon pèlerin volait au ras de l'eau et attrapait un poisson qui nageait près de la surface à la manière d'autres oiseaux de proie pêcheurs. Mais dans le second cas le faucon pèlerin (une femelle) n'hésitait pas à plonger verticalement!

Plus près de nous, dans la région de Pittsburgh, un faucon pèlerin a été observé en train de pêcher en 2010: après au moins 20 passages au ras de l'eau il est reparti avec un poisson, qu'il s'est empressé d'aller manger sur une tour voisine. L'histoire a été rapportée dans le blogue "Outside my Window" de Kate Saint-John. Les commentaires contiennent plusieurs anecdotes similaires, qui sont cependant à prendre avec prudence puisqu'on ne connait pas toujours le degré d'expertise de leurs auteurs.

Un faucon pèlerin tenté d'attraper un écureuil gris

Je profite de cet article pour mentionner l'observation d'Alain Bessette le 4 janvier 2017 à la Cité du Havre à Montréal d'un faucon pèlerin qui a tenté d'attraper un écureuil gris perdu sur la glace du fleuve. L'écureuil a sans doute été jugé trop gros, en tout cas le faucon pèlerin a renoncé et est revenu se percher pendant quelques minutes sur son lampadaire avant de filer au loin.




jeudi 31 août 2017

Un (parfois 2) faucon pèlerin au CÉGEP de Saint-Laurent

Dans la foulée des évènements à l'ancienne tour d'eau d'Ericsson à la fin de juillet (voir cet article et les liens qu'il contient), il a été découvert qu'un faucon pèlerin fréquentait le CÉGEP de Saint-Laurent en fin de journée et possiblement la nuit. En observant ce faucon, j'ai eu la surprise de découvrir qu'il recevait parfois la visite d'un 2ième individu! J'ai pu observer les 2 faucons ensemble à 2 reprises: après le coucher du soleil le 23 août et avant le lever du soleil le 27 août. Ces observations confirment qu'il y a bien un couple de faucon pèlerin dans ce secteur et posent toute une série de nouvelles questions.

Les faucons pèlerins ont été principalement observés sur le clocher de l'ancienne église St Paul's Church of Scotland qui abrite maintenant la salle Émile-Legault  du CÉGEP de Saint-Laurent ainsi que le musée des maitres et artisans du Québec. Puisque cette église est située au sud du campus du CÉGEP, je référerai à cet endroit par l'expression "clocher sud".

Le faucon pèlerin est une espèce d'oiseau de proie qui se nourrit principalement de pigeon qu'il attrape en vol et qui avait quasiment disparu dans les années 1970s. Encore relativement rare à Montréal, sa population est en pleine croissance au point qu'il est question de le retirer de la liste des espèces protégées.

Un faucon pèlerin au CÉGEP le 13 août

J'ai exploré les alentours du CÉGEP de Saint-Laurent le 13 août suite à l'observation par Richard Dupuis d'un faucon pèlerin le 7 août dans ce secteur.  J'ai repéré le faucon à 17h45 sur le clocher sud.



Le faucon n'est pas bagué. Il s'est envolé à 19h37 en direction de l'avenue Sainte-Croix mais n'a possiblement pas quitté le campus puisque je l'ai retrouvé 5 minutes plus tard sur la tour principale.

Faucon sur la tour centrale

Faucon sur la tour centrale

À 19h46 il s'est envolé à nouveau, cette fois-ci vers l'échangeur Décarie et l'ancienne tour d'eau d'Ericsson. J'ai marché dans cette direction jusqu'à pouvoir voir cette tour mais je n'y ai pas vu le faucon. Je suis retourné au CÉGEP de Saint-Laurent juste à temps pour voir le faucon revenir à 20h05. Il suivait une direction parallèle à l'avenue Sainte-Croix en venant du sud. Il s'est posé à nouveau sur le clocher sud.

Faucon pèlerin sur la tour du bâtiment EL, 20h12
Il y était encore à 21h quand j'ai quitté. Le soleil s'est couché à 20h05 ce jour-là.


Un 2ième faucon pèlerin le 23 août après le coucher du soleil!

Après avoir troqué pendant quelques jours les faucons pèlerins de Montréal contre les baleines du Cap de Bon-Désir (Basse Côte-Nord) je suis retourné au CÉGEP de Saint-Laurent le 23 août, curieux de voir si le faucon pèlerin continuait de fréquenter cet établissement. Il était effectivement présent sur le clocher sud à mon arrivée à 19h37.  Au moment du coucher du soleil à 19h48 il a fait un court vol qui l'a amené sur la façade du clocher qui donne vers l'aréna.

5 minutes plus tard un autre faucon pèlerin est arrivé de la direction de l'aréna, a émis un cri au moment de passer près du premier faucon et s'est perché sur la façade du clocher donnant vers la résidence universitaire. Le premier faucon n'a pas réagi. De là où j'étais je pouvais bien voir le premier faucon mais beaucoup moins bien le 2ième. Je ne peux donc pas dire si le 2ième faucon était encore présent sur le clocher lorsque j'ai quitté à 20h15. Le premier faucon était lui encore présent.


Nouvelle observation de 2 faucons pèlerins le 27 août (et peut-être le 28 août)

Le 27 août, après avoir observé de nouveau un faucon pèlerin sur le clocher sud la veille, j'ai décidé de tenter une observation tôt le matin. Alors que j'approchais du CÉGEP j'ai entendu des cris de faucon pèlerins. Les 2 faucons étaient perchés sur le clocher, sur la façade qui donne sur l'avenue Sainte-Croix. Un des faucons s'est envolé vers 6h07 et est revenu se poser tout en haut du clocher sur le coin des façades donnant vers la résidence et l'avenue Sainte-Croix. Les 2 faucons sont ensuite partis ensemble à 6h13 vers le nord.


Je n'ai pas réussi à les retrouver. À 7h, lorsque j'ai quitté le CÉGEP de Saint-Laurent, aucun faucon n'était visible sur le clocher sud.

J'ai possiblement observé les 2 faucons de nouveau le lendemain matin. Alors que j'approchais du clocher sud le matin du 28 août un faucon pèlerin a quitté le clocher en direction approximativement de l'église Saint-Sixte. Il était 6h02. Je me suis approché davantage et j'ai alors remarqué un faucon pèlerin perché sur la façade du clocher qui donne sur l'avenue Sainte-Croix. Était-ce le faucon que j'avais vu s'envoler qui est revenu ou un 2ième faucon? Je ne peux pas le dire. Ce faucon est parti dans la même direction vers 6h12. Une marche jusqu'à l'église Saint-Sixte ne m'a pas permis de retrouver le ou les faucons.


Connexion avec l'ancienne tour d'eau d'Ericsson

Le faucon qui semble dormir au CÉGEP de Saint-Laurent parait étroitement connecté au faucon observé à l'ancienne tour d'eau d'Ericsson fin juillet: soit qu'il s'agit du même individu, soit qu'il s'agit de 2 individus qui se visitent.

J'ai déjà mentionné que le faucon pèlerin était parti du CÉGEP dans cette direction le 13 août.

Le 27 août vers 18h53 le faucon pèlerin a quitté le CÉGEP en direction de la tour d'eau d'Ericsson. Après quelques minutes d'attente, je suis passé de l'autre côté des voies ferrées où j'avais une vue sur cette tour d'eau. Un oiseau de la taille d'un faucon pèlerin était perché sur le garde-fou de la tour. À cette distance, sans mon appareil photo qui est en réparation, il était impossible de confirmer que c'était bien un faucon pèlerin. L'oiseau s'est envolé à 19h25 mais malheureusement -  si c'était bien le faucon pèlerin - il n'a pas pris la trajectoire directe mais a plutôt traversé le chemin de Côte-de-Liesse perpendiculairement (qui était une direction de déplacement du faucon pèlerin que j'avais observé en juillet). À mon retour au CÉGEP Saint-Laurent à 19h34 le faucon pèlerin m'attendait sur la façade du clocher sud qui donne sur l'avenue Sainte-Croix. Il est reparti vers la tour d'eau d'Ericsson à 19h43 pour revenir au CÉGEP à 20h05.

Le lendemain soir j'ai décidé d'observer depuis la tour d'eau d'Ericsson. Malheureusement aucun faucon pèlerin ne s'est présenté entre 18h et 19h35. En revanche 2 corneilles ont visité la plateforme de la tour où le faucon se tenait parfois et l'une des corneilles est repartie avec quelque chose dans le bec: les 2 corneilles pourraient avoir profité des restes d'un repas du faucon pèlerin. Je n'ai pas réussi à voir non plus le faucon pèlerin au CÉGEP de Saint-Laurent entre 19h58 et 20h30.

Une présence irrégulière

Le faucon pèlerin qui semble dormir au CÉGEP de Saint-Laurent n'est pas visible chaque soir. Je l'ai observé les 13, 23, 26 et 27 août. En revanche je ne l'ai pas vu les 24, 28 et 29 août (le 25 août je n'ai pas tenté d'observation). Il y a plusieurs explications possibles: arrivée tardive ou non détectée, présence au CÉGEP mais sur un autre perchoir, existence d'un autre endroit que le CÉGEP pour dormir, ...

Conclusions

L'observation d'un faucon pèlerin le soir après le coucher du soleil et le matin avant le lever du soleil suggère que ce dernier passe au moins certaines nuits au CÉGEP de Saint-Laurent. Ce faucon pèlerin reçoit en outre sporadiquement la visite d'un 2ième faucon pèlerin, une situation qui n'est pas sans rappeler ce qui avait été observé à l'église Saint-Jean Baptiste au début de cette année. Dans le cas de l'église Saint-Jean-Baptiste, les faucons pèlerins étaient Éole et Eve, qui formaient un couple depuis quelques années et dont le nid le plus proche était situé à l'incinérateur des Carrières à 1,85km de l'église. Eve utilisait cette église en hiver pour y dormir et recevait régulièrement la visite d'Éole le soir ou tôt le matin (Éole fréquentait alors une 2ième femelle, Spirit, qu'il a finalement choisi pour fonder une famille; c'est cette femelle qui a été retrouvée blessée au pied de la tour à eau d'Ericsson non loin du CÉGEP de Saint-Laurent le 24 juillet). 

Il se pourrait que la présence du faucon pèlerin au CÉGEP de Saint-Laurent soit nouvelle. En effet d'après les premières informations provenant du CÉGEP de Saint-Laurent (merci à Michel Rondeau pour avoir répondu à mes questions), la présence du faucon pèlerin n'était pas connue avant cet été. Cependant si l'endroit n'est utilisé que pour dormir, les faucons pourraient facilement être passés inaperçus.

Les observations de ce couple de faucon pèlerin au CÉGEP de Saint-Laurent soulèvent plusieurs questions, en particulier:
  • S'agit-il d'un "vieux" couple ou d'un couple en formation? J'avais émis l'hypothèse que le faucon observé fin juillet à la tour d'eau d'Ericsson était un nouveau venu qui avait délogé Spirit. Si on a affaire à un nouvel individu, il est possiblement en train de chercher un endroit idéal pour dormir, et peut-être à plus long terme, pour nicher. Cela expliquerait à la fois que le faucon n'avait apparemment pas été observé antérieurement et qu'il n'est pas présent à chaque soir.
  • Le faucon visiteur est-il bagué? (celui qui dort au CÉGEP ne l'est pas).
  • Est-ce le mâle ou la femelle qui semble dormir au CÉGEP?  
  • Est-ce que le faucon pèlerin est également présent sur le campus en journée?
  • Sinon, où ces faucons passent-ils la journée? S'il s'agit d'un vieux couple, la réponse à cette question pourrait possiblement donner des indices sur l'emplacement de leur nid.
  • Le faucon qui fréquente le CÉGEP de Saint-Laurent fréquente-t-il aussi la tour à eau d'Ericsson? Depuis le parking situé de l'autre côté de la voie de chemin de fer on peut voir simultanément le clocher sud du CÉGEP et la tour à eau. D'après mes observations le faucon pourrait utiliser un trajet direct pour se rendre du CÉGEP à la tour à eau d'Ericsson, ce qui permettrait en théorie de le suivre aux jumelles d'un point à l'autre. 
  • Y-a-t-il eu des observations de faucon pèlerin antérieures à août 2017 au CÉGEP?
Je compte continuer à observer ces faucons dans les semaines et les mois à venir mais de façon beaucoup moins intensive. Un des buts de cet article est d'attirer l'attention de la population Cégépienne sur la présence de ces oiseaux sur leur campus, en espérant que cela contribuera à générer des observations.



 

mardi 15 août 2017

Mystère autour de l'ancienne tour à eau d'Ericsson (3): tentatives d'explication et questions

Le 24 juillet Spirit a été trouvée au sol à proximité de l'ancienne tour à eau d'Ericsson sur le boulevard Décarie près de Côte-de-Liesse; Spirit est actuellement soignée à l'UQROP pour des blessures au bec, de l'arthrite à une des ailes et pour dénutrition. Du 26 juillet au 3 août j'ai observé quasiment quotidiennement et souvent pendant plusieurs heures un autre faucon pèlerin perché sur la tour à eau. Ce faucon pèlerin (ou un autre) a par la suite été observé par Richard Dupuis les 5, 6 et 7 août dans le secteur de la tour à eau, ainsi que sur l'avenue Sainte-Croix le 7 août. J'ai à mon tour observé un faucon pèlerin au Cégep Saint-Laurent le 13 août. Les observations connues de faucon pèlerin dans le secteur de la tour à eau d'Ericsson sont décrites dans cet article. Le présent article considère différentes hypothèses sur les interactions entre Spirit et le faucon observé ces derniers jours.

Paradoxalement un autre faucon pèlerin n'est pas nécessaire pour trouver des explications plausibles à la découverte de Spirit au sol, compte tenu notamment de ces blessures qui résultaient très probablement de ces batailles  à l'Université de Montréal. Mais comme un autre faucon pèlerin a été observé au même endroit à partir du 26 juillet, il est difficile ne pas en tenir compte.

Avant de poursuivre, je tiens à remercier Christian Fritschi pour ses réponses à mes nombreuses questions sur l'état et le comportement de Spirit lorsqu'il l'a capturé.


Spirit avait-elle besoin de l'aide d'un autre faucon pèlerin pour se nourrir?

Jusqu'à ce qu'elle soit chassée de l'Université de Montréal le 10 juin, Spirit pouvait compter sur Éole (son mâle) pour l'approvisionner en proies fraiches. Il ne fait aucun doute que Spirit a mangé entre le 11 juin et le 24 juillet. Cependant ses capacités à chasser étaient certainement réduites par son problème d'arthrite à l'aile droite et cette situation ne pouvait que s'empirer au fil du temps. Ce qui a amené certains à se questionner si elle n'avait pas été aidée par un autre faucon pèlerin.

Il n'est pas clair combien de temps Spirit a séjourné dans le secteur où elle a été trouvée (Spirit a été trouvée le 24 juillet au 8600 boulevard Décarie). Mais dans ce secteur, un faucon pèlerin n'avait pas nécessairement besoin de chasser pour se nourrir. En effet, le parking de ce bloc d'entreprises du côté du chemin de Côte-de-Liesse est utilisé par les goélands pour la sieste... Et fatalement certains se font frapper.

Goéland mort

Autre goéland mort, apparemment très récemment

Une difficulté pour un faucon pèlerin qui voudrait profiter de ces repas gratuits bien entendu, c'est de ne pas se faire frapper lui-même. Il se pourrait que le parking soit moins utilisé vers 4h-5h du matin mais c'est quelque chose que je n'ai pas vérifiée.

Dans la section suivante j'argumente que si elle a tenté de manger à cet endroit et qu'elle ne pouvait plus voler, l'endroit où elle a été trouvée est un endroit assez logique.

L'entonnoir

Supposons que Spirit ait tenté de s'alimenter sur un des goélands morts et qu'elle n'ait plus été capable de s'envoler. Elle ne pouvait alors quitter cet endroit qu'en sautillant. Deux directions de départ sont exclues à cause des voies de circulation très achalandées qui forment un coude (voir carte ci-dessous). Elle pouvait s'éloigner parallèlement à Côte-de-Liesse (grosse flèche rouge sur la carte) et dans ce cas elle aurait abouti sur le terrain vague. Mais si elle suivait la petite flèche rouge (qui est le moyen le plus rapide de s'éloigner de l'autoroute) elle entrait dans ce que j'appelle l'entonnoir. À cause de la clôture et du bâtiment, elle ne pouvait qu'arriver à l'endroit où elle a été trouvée (étoile rouge sur la carte). De là, elle n'avait que 2 sorties possibles: soit revenir sur ses pas, soit se diriger vers Décarie. Dans les 2 cas, cela revenait à se diriger vers des voies de circulation très achalandées.

L'entonnoir (crédit: Google Maps)
Il faut aussi tenir compte du trafic propre à l'entreprise: les camions arrivent par la direction de la petite flèche rouge et manœuvrent souvent à proximité de la tour pour atteindre à reculons leur quai de chargement/déchargement. Ceci pourrait en particulier expliquer qu'elle n'ait pas tenté de s'envoler: compte tenu de ses difficultés à voler elle avait sans doute besoin d'un long espace pour prendre de l'altitude. En regardant la carte il est clair qu'elle n'avait pas cet espace tant qu'il y avait de l'activité liée à l'entreprise.   


Les conditions météo ont-elles joué un rôle?

La journée du 24 juillet a été la 2ième journée la plus pluvieuse du mois de juillet d'après AccuWeather avec 18 millimètres de pluie. Voici les données météo de la station de l'aéroport de Dorval. Il pleut à partir de 8h (et peut-être même avant puisque cette information n'est pas disponible pour 6h et 7h). L'humidité relative varie entre 78% et 86% entre 9h et midi.  La vitesse moyenne du vent excède 20km/h à 5h, 6h, 7h puis de nouveau à 11h et midi. Il n'est pas clair s'il y a eu des rafales.

Il est difficile de faire un lien entre l'humidité et l'arthrite dont souffre Spirit. D'une part parce que c'est l'arthrose et non l'arthrite qui semble sensible à l'humidité; d'autre part parce que l'humidité relative était déjà élevée les jours précédents même s'il pleuvait moins. Se pourrait-il en revanche que les plumes mouillées aient rendu le vol plus difficile (poids additionnel) - et donc possiblement et momentanément impossible?

D'après Christian Fritschi, la première tentative de capture a échoué puisque le vent a retourné la couverture qu'il avait lancé sur Spirit.  Le vent a donc pu s'ajouter aux autres facteurs pour rendre une tentative de vol momentanément impossible.

Le 2ième faucon a-t-il assisté à la capture de Spirit?

Le 2ième faucon semble réagir à la présence humaine. Se pourrait-il qu'il agisse comme cela après avoir vu Christian Fritschi capturer Spirit?

Remarquons d'abord que la capture de Spirit a été réalisée vers 11h45. Dans les jours qui ont suivi, le 2ième faucon était présent à cette heure de la journée à 2 reprises: le 27 juillet et le 29 juillet (soit 2 jours sur mes 6 journées d'observation). Sa présence lors de la capture était donc théoriquement possible.

Cependant les conditions météo qui prévalaient ce matin-là m'amènent à penser que le faucon n'était pas présent, du moins pas sur la tour. Comme indiqué plus haut cela faisait au moins 3h45 qu'il pleuvait. Or les faucons pèlerins n'aiment pas particulièrement la pluie, et sur la tour il n'y a pas d'endroit où s'abriter.

Il y a peut-être un autre élément en faveur de son absence. Christian Fritschi m'a informé que Spirit n'avait pas crié même si elle en avait eu l'occasion puisque la première tentative de capture avait échoué à cause du vent. On aurait pu s'attendre à ce qu'elle alarme s'il y avait un autre faucon à proximité. Quoique si les 2 faucons étaient hostiles il n'est pas clair si Spirit aurait alerté l'autre faucon. Le silence de Spirit pourrait aussi possiblement s'expliquer par ses blessures au niveau du bec.

Qui était là en premier: Spirit ou l'autre faucon?

Si le faucon observé sur la tour est une femelle - ce que plusieurs pensent - il est peu probable que les 2 faucons aient coexisté longtemps  (il est difficile d'imaginer que Spirit ait résisté longtemps à une autre femelle compte tenu de ses blessures). Une coexistence aurait eu plus de chance de se produire si l'autre faucon était un mâle mais même dans ce cas une coexistence n'est pas automatique. Supposons donc pour l'instant qu'il n'y a pas eu coexistence entre les 2 faucons.  Il reste 2 possibilités:
  • Le 2ième faucon était là le premier, ou du moins la tour faisait partie de son territoire, et Spirit est arrivée dans ce secteur tout récemment.
  • Spirit était là depuis un certain temps et c'est le 2ième faucon qui est arrivé récemment. Il a pu soit arriver vers le 24 juillet et dans ce cas possiblement contribuer à amener Spirit au sol, soit arriver après la capture.   
Le problème avec le premier scénario est que si une autre femelle était installée là depuis un moment, on imagine difficilement comment Spirit aurait pu l'ignorer. Et si elle savait qu'il y avait une autre femelle là,  pourquoi chercher le trouble en venant à cet endroit? Doit-on en déduire que le territoire de l'université de Montréal est complètement ceinturé par d'autres territoires et que Spirit n'avait pas d'autres choix que de se frotter à l'une ou à l'autre femelle? Il existe une autre possibilité (qui est plutôt improbable compte tenu de ses blessures), c'est que Spirit cherchait déjà à conquérir un nouveau territoire.

Le 2ième scénario pourrait se heurter aux observations passées dans le secteur, qui suggèrent la présence d'au moins un faucon pèlerin. Dans ce 2ième scénario, le comportement inhabituel du faucon pourrait-il s'expliquer par la conquête toute récente d'un territoire?

Il existe un scénario intermédiaire mais qui est pour l'instant hautement spéculatif. Certaines observations passées suggèrent la présence d'un couple de faucon pèlerin (un couple a été observé en janvier-février 2004 sur la tour à eau, et 2 observateurs mentionnent la présence de 2 faucons pèlerins en vol en 2016 dans le secteur élargi, voir cet article). Jusqu'à présent cependant, je n'ai pas observé d'interaction entre le faucon pèlerin de la tour à eau et un autre faucon pèlerin; une telle interaction n'a pas non plus été rapportée par Richard Dupuis, ni par aucun autre observateur. Se pourrait-il qu'il y avait bien un couple jusqu'à tout récemment mais que quelque chose est arrivée à la femelle de ce couple? Ce genre de situation attire typiquement plusieurs femelles désireuses de mettre la main sur le mâle et sur le territoire! Spirit pourrait être une de ces femelles, ainsi que le faucon observé par la suite sur la tour si c'est effectivement une femelle. Un nouveau couple ne s'est peut-être pas encore formé ou n'est pas encore très solide, ce qui pourrait expliquer l'absence d'observation simultanée de 2 faucons.


Appel à témoignages

Pour avancer dans notre compréhension de ce qui se passe dans ce secteur il faudra d'autres informations. Je lance donc un appel à témoignage à tous ceux/celles qui auraient observé quelque chose en rapport avec cette situation. Vous pouvez me joindre par courriel à l'adresse falcoUrbanis@gmail.com, ou encore en laissant un message sur ma page Facebook ou sur ce blogue. Merci d'avance!

Voici quelques questions un peu plus spécifiques mais les observations qui n'entrent pas dans le cadre de ces questions sont bien sur également les bienvenues!

Questions sur les circonstances de la découverte de Spirit

Ces questions portent sur les instants qui ont précédé la capture de Spirit le matin du 24 juillet.
  • Le faucon s'est-il déplacé entre le moment de sa découverte et le moment de sa capture (la localisation de Spirit au moment de la capture est indiquée par une étoile rouge sur la figure "L'entonnoir" plus haut)? Si oui, où a-t-il été découvert?
  • À quelle heure le faucon a-t-il été remarqué pour la première fois?
  • Est-ce que des cris ont été entendus (soit provenant du faucon trouvé au sol, soit éventuellement d'un autre faucon)?

Questions sur la présence éventuelle d'un faucon sur la tour à eau ou sur le parking

Tel qu'indiqué dans cet article, le 3 août le faucon qui était perché sur la tour à eau s'est mis subitement à vocaliser, ce qui a attiré l'attention d'un camionneur.  Il est donc possible que le faucon se soit fait remarquer ainsi à d'autres occasions.
  •  Avez-vous remarqué un oiseau inhabituel sur la tour à eau (i.e., qui n'est pas un goéland, ni un pigeon, ni une corneille) ou entendu des cris inhabituels semblant venir de la tour à eau? Si oui à quelle date approximativement? Et à quel moment de la journée?
  • Avez-vous remarqué un oiseau de proie au sol dernièrement dans ce secteur? Cette question vise plus spécialement le parking du côté du chemin de Côte-de-Liesse où plusieurs goélands morts ont été observés (voir "parking avec goélands morts" sur la figure ci-dessus) mais d'éventuelles observations portant sur un autre endroit sont également les bienvenues.

Questions sur la présence d'un couple de faucon pèlerin dans le secteur élargi

Cette question concerne le secteur élargi contenant entre autre l'ancienne tour à eau d'Ericsson, le cégep Saint-Laurent et le magasin Ikéa.

De février à avril on peut assister aux accouplements des faucons pèlerins. Ces accouplements sont typiquement brefs, ont lieu sur des perchoirs élevés (toit d'immeuble, clocher d'église, poteau électrique ou de téléphone, etc) et s'accompagnent de cris. La présence de faucon pèlerin se trahit également par des restants de proie au pied d'un perchoir, restants qui se limitent souvent aux 2 ailes souvent encore attachées ensemble tel que montré par cette photo.
Restant de proie de faucon pèlerin - église Saint-Jean-Baptiste, 11 mars 2017
  • Avez-vous remarqué un de ces indices? Si oui, où et quand?
  • Avez-vous observé ce qui vous semblait être un ou des faucons pèlerins? Si oui, où et quand?

dimanche 13 août 2017

Mystère autour de l'ancienne tour à eau d'Ericsson (2): observations antérieures

Le 24 juillet Spirit a été trouvée au sol à proximité de l'ancienne tour à eau d'Ericsson sur le boulevard Décarie près du chemin de Côte-de-Liesse, à Montréal; Spirit est actuellement soignée à l'UQROP pour des blessures au bec, de l'arthrite à une des ailes et pour dénutrition. Du 26 juillet au 3 août j'ai observé quasiment quotidiennement et souvent pendant plusieurs heures un autre faucon pèlerin perché sur la tour à eau. Ce faucon pèlerin (ou un autre) a par la suite été observé par Richard Dupuis les 5, 6 et 7 août dans le secteur de la tour à eau, ainsi que sur l'avenue Sainte-Croix le 7 août. Le présent article explore les mentions passées de faucon pèlerin dans ce secteur. Un 3ième article considère différentes hypothèses sur les interactions entre Spirit et le faucon observé ces derniers jours.

Observations passées à la tour à eau d'Ericsson 

Observations d'un couple de faucon pèlerin par Claude Lamoureux en 2004

Les mentions suivantes proviennent des archives de la liste ornitho-qc.
Le 9 janvier 2004,  Claude Lamoureux écrit (j'ai retranscrit le texte, en particulier à cause des accents qui apparaissaient sous forme de code bizarre):
petite note rapide pour vous signaler la présence d'un couple de Faucon pèlerin sur la tour d'eau à l'effigie d'Ericsson. Présentement (un peu après 11h00 am) un des oiseaux est posé sur la rampe de la tour sous le "O" de Ericsson
Il y a certaines raisons de penser que c'était un phénomène nouveau. D'abord parce que Claude Lamoureux - qui était actif sur le forum ornitho-qc depuis  quelques années (il occupait d'ailleurs le poste de modérateur) - travaillait apparemment sur place à en juger par une adresse courriel d'Ericsson qu'il a utilisé en 2000. Ensuite parce que Sylvain Mathieu a réagi à l'annonce de Claude Lamoureux en écrivant: "Zut! J'habitais là il y a 4 mois...".

Claude Lamoureux écrit un autre message le 19 février 2004, dont le titre est "2 faucons pèlerins et Bye bye":

Un couple de Faucons pèlerins étaient encore présent cette semaine sur le réservoir d'eau situé  derrière le 8500 Décarie,

Après près de 9 ans avec ornitho-qc, je vous souhaite bonne route.

Ceci était mon dernier message, bonne route à tous, bonne chance à Guy et Robert.

Ce message est quelque peu énigmatique puisque Claude Lamoureux cesse en effet totalement d'écrire sur ornitho-qc, à l'exception d'un dernier message en mars 2005. Claude Lamoureux avait démissionné de ses fonctions à ornitho-qc à la fin de 2002 avant d'accepter de reprendre ses fonctions pour un certain temps. La fin de ses messages sur ornitho-qc s'expliquerait-elle par sa volonté de s'effacer complètement pour laisser toute la latitude à son successeur? Ou bien a-t-il déménagé hors du Québec? Je pourrais émettre encore plusieurs autres hypothèse mais la question vraiment importante, particulièrement dans le contexte actuel, est la suivante: se pourrait-il que ce couple de faucon pèlerin a continué à être observé après 2004 mais que ces observations n'ont plus été rapportées, en tout cas sur ornitho-qc? Et si oui, est-ce que d'autres perchoirs, voire même leur nid, ont été identifiés?

Le dernier message de Claude Lamoureux le 4 mars 2005 a trait aux faucons pèlerins mais ne fait pas état explicitement d'observation récente. Il écrit, en réponse à une observatrice qui annonçait avoir vu brièvement de sa voiture ce qui pouvait être un faucon pèlerin:

Tu as sans doute observé le couple de faucons pelerin qui se perchent sur la tour à eau d'Ericsson (presqu'au coin de Decarie et la Metropolitaine)

Ce message peut-être interprété de 2 façons opposées quant à la présence des faucons pèlerins en 2005: soit l'auteur était encore en mesure d'observer les faucons pèlerins et dans ce cas il est implicite que les faucons étaient encore présent à l'hiver 2005; soit il n'avait plus l'occasion d'observer à cet endroit depuis mars 2004 et dans ce cas le message n'indique rien sur la présence des faucons en 2005.

J'ai fait plusieurs tentatives de contacter Monsieur Lamoureux ou d'avoir indirectement de ses nouvelles mais jusqu'à présent sans succès.

Ma visite en juillet 2014

Lorsque j'ai commencé à m'intéresser aux faucons pèlerins en 2012, la liste ornitho-qc était une des principales source de mentions d'observations de faucons pèlerins avec Faucons de l'UdeM (eBird, créé en 2008, était encore largement inconnu, en tout cas de moi).  C'est donc tout naturellement que j'ai consulté les archives de cette liste pour en connaitre plus sur mon nouveau sujet d'intérêt. Après avoir pris connaissance des observations de Claude Lamoureux, je suis allé sur place le 9 juillet 2014. Voilà à quoi ressemblait la tour à ce moment-là:

Tour d'eau d'Ericsson en juillet 2014
Au vu du parking rempli il me semblait impossible que des faucons pèlerins nichent à cet endroit sans que cela soit signalé; je n'ai donc pas effectué d'autres visites. À noter que ce jour-là j'ai pu observer pendant plusieurs minutes un faucon non loin de là, mais c'était une crécerelle d'Amérique. À la fin 2016  Éricsson a déménagé vers de nouvelles installations dans Ville-Saint-Laurent (voir aussi cet article). Cela explique la disparition de son logo sur la tour ainsi que les parkings pratiquement déserts observés ces derniers jours.

À noter que si on ne prête pas trop attention aux dates, on pourrait penser que le couple de faucon observé par Claude Lamoureux pouvait était Roger et Spirit, le couple qui a niché à l'Université de Montréal de 2009 à 2014. En effet il n'est plus question d'un couple de faucon pèlerin à partir de 2005 dans le secteur Décarie; or à partir de 2006 apparaissent des mentions d'un couple de faucon pèlerin à l'Oratoire Saint-Joseph et à Rockhill, puis à l'Université de Montréal en 2007. Mais la femelle observée par Claude Lamoureux en janvier 2004 ne pouvait pas être Spirit puisque celle-ci est née au printemps 2004.


Observations autour de l'Échangeur

Les mentions d'observation d'un faucon pèlerin sur Décarie sont encore plus anciennes que celles de la tour à eau.

Le PANASONIC à étourneaux

Le 21 février 2001 Marguerite Larouche dans un texte savoureux publié sur ornitho-qc décrit un dortoir à étourneaux situé près de l'intersection Décarie/Métrpolitaine qui attire toute sorte de rapaces: crécerelle d'Amérique, faucon pèlerin, faucon émerillon, épervier. Voici un extrait de son texte (réécrit à cause des accents qui apparaissaient sous forme de code; aussi quelques fautes de Français ont été corrigées):
[...] J'ai vu jusqu' à deux Faucons en même temps et une Crécerelle. Ils s'installent sur le bord de la boite et attendent les visiteurs. Ceux-ci, les  étourneaux, s'amènent, font un survol de l'endroit et très vite voient ces malicieux rapaces.  À toutes vitesse, ils changent leur parcours et vont attendre dans les arbres près du stationnement. Puis commencent les essais. On retourne, revient, repasse et hop on saute dans la boite! Les Faucons vont eux aussi jusqu'à  plonger dans ce trou meublé d'étourneaux.  Ça fait ressortir les  étourneaux qui avaient déjà  réussi l'épreuve du saut dans la boite. [...]
Cette boite semble d'ailleurs toujours exister:
Photo prise depuis le terrain vague près de la tour à eau, 27 juillet 2017
Je n'ai pas remarqué d'activité particulière à cet endroit lors de mes visites en début de soirée. Un message publié par Sylvain Mathieu sur ornitho-qc le 22 août 2003 indique que les étourneaux utilisaient cet endroit pour dormir déjà à la fin août.

Sur un lampadaire de Décarie

Les 2 mars 2004, Louise Turgeon mentionne sur ornitho-qc un faucon pèlerin en train de manger sur un lampadaire de Décarie près de l'échangeur vers 17h30.

Observations rapportées sur eBird (décembre 2011 - mars 2016)

eBird  contient 5 mentions dans un rayon de 500 mètres autour de l'échangeur Décarie/Côte-de-Liesse.

Parmi ces mentions, seule une fait référence à plus que 1 faucon pèlerin. La mention de Sarah Koch signale en effet pas moins de 3 faucons pèlerins en février 2016! Le caractère hautement inhabituel de cette mention (les faucons pèlerins ne sont pas grégaires), le peu de précision de la mention ("3 flying") et le fait que l'auteure m'était inconnue m'avaient amené à douter de l'authenticité de cette observation. Mais dans le nouveau contexte de ces dernières semaines il est difficile de ne pas considérer cette observation. Une petite enquête m'a permis de découvrir que Sarah Koch a publié au moins une autre observation sur eBird et que cette autre observation a été faite en compagnie d'une personne évoluant dans le domaine de la gestion de la faune. Si l'observation du 2 février 2016 est authentique, l'interprétation la plus probable est qu'il s'agissait de 2 faucons pèlerins poursuivant un 3ième, ce qui suggère la présence d'un couple territorial dans le secteur.

Une autre mention par une autre observatrice comporte une erreur puisque le texte fait référence à l'Échangeur Turcot, qui est situé bien plus au sud. La mention rapporte l'observation le 7 janvier 2012 d'un faucon pèlerin perché sur un lampadaire. Il n'est pas clair si l'erreur est dans le nom de l'échangeur ou dans la localisation. Cependant une autre observation faite dans le même secteur de l'échangeur 2 semaines plus tôt (25 décembre 2011) d'un faucon pèlerin qui s'est perché sur un lampadaire plaide pour la première explication. 

Les 2 autres mentions ont été faites en janvier et en mars 2016. L'observation de janvier 2016 est localisée très près de la tour à eau mais comme la mention ne comporte très peu de détail on ignore si le faucon y était perché ou non (un indice pourrait être la durée de 20 minutes de l'observation). L'observation du 26 mars 2016 a été localisée à moins de 200 mètres de la tour à eau.

Il est intéressant de remarquer que toutes ces observations ont été faites entre la fin décembre et la fin mars, ce qui pourrait suggérer que le ou les faucons fréquentent un autre secteur (qui n'est pas nécessairement très loin) le reste de l'année, en particulier pendant la saison de nidification.

Observations dans le secteur d'Ikea

Ikea est situé à environ 2,25km de la tour d'Ericsson. Sa direction correspond plus ou moins avec des directions de déplacement du faucon que j'ai observées ces derniers jours.

En avril 2013 Faucons de l'UdeM publie des photos d'un faucon pèlerin perché à une fenêtre de l'école Vanguard située au 5935 Côte-de-Liesse. Ce faucon était bagué.

Le 23 mai 2015, Julie Tremblay rapporte sur eBird l'observation d'un faucon pèlerin vers 16h qui a survolé Ikea avant de se poser sur l'énorme antenne de télécommunication toute proche. J'ai effectué plusieurs visites les jours suivants mais sans réussir à le revoir.

Plus intéressant, le 26 août 2016, un camionneur trouvait un faucon pèlerin juvénile au sol sur le boulevard Cavendish près de Ikea. Tout comme Spirit, l'oiseau a été acheminé à la clinique des oiseaux de proie par Christian Fritschi, je vous réfère à ses 2 photos commentées pour plus de détails: photo1 et photo2. À la fin août, la découverte d'un faucon pèlerin juvénile est loin de signifier la présence d'un nid à proximité (quoique l'on observe encore parfois des juvéniles dans le voisinage de l'université de Montréal à cette période durant les années où il y a des naissances là-bas). Cependant on peut noter qu'avec Spirit ca fait le 2ième faucon pèlerin trouvé au sol dans ce secteur en 2 ans. On peut donc se demander s'il n'y a pas un lien entre les 2 évènements.

Finalement, un peu plus proche de la tour d'eau mais dans la même direction, sur le chemin Delmeade, une série de 3 observations de plusieurs espèces d'oiseau mais aussi d'un faucon pèlerin à l'été 2015 et 2016: 10 août 201526 août 2015, 11 juillet 2016 (les liens renvoient vers les rapports eBird).


Observations au nord du chemin de Côte-de-Liesse

À l'exception d'une observation faite en avril 2015 à environ 1,3km de la tour à eau, on remarque une série de 4 observations apparemment alignées le long du boulevard de la Côte-Vertu. Le boulevard de la côte-Vertu est situé à environ 2kms de la tour à eau. Ces observations ne datent cependant pas de la même période:  septembre 2007octobre 2015, janvier 2005 et septembre 2011 (les observations sont listées d'est vers l'ouest). Cette dernière observation, qui implique 2 individus en vol, est située à 3,7kms de la tour à eau mais à moins de 2kms d'Ikea.


Observations depuis l'Université de Montréal

Depuis la tour de l'université de Montréal et depuis l'Oratoire Saint-Joseph on peut apercevoir au loin la tour d'eau d'Ericsson. À défaut de pouvoir observer ce qui se passe autour de la tour d'eau en raison de la distance de 4kms, on peut se demander si les faucons de l'Université de Montréal sont déjà allés dans cette direction? Cette question n'est pas facile à répondre puisque la majorité des observations faites à l'Université de Montréal (en tout cas les miennes) le sont depuis l'arrière de l'université où se trouve le nichoir, alors qu'il faudrait être à l'avant pour voir un faucon se diriger vers la tour à eau. Des déplacements vers l'avant de l'université sont régulièrement observés depuis l'arrière mais comme le faucon est presque immédiatement perdu de vue il est impossible de savoir s'il a persévéré dans cette direction.

En relisant mes notes des 12 derniers mois, j'ai cependant trouvé 2 observations faites depuis l'avant de l'université où un faucon est parti en direction d'un point situé entre l'hôpital Sainte-Justine et l'hôpital général juif, donc dans la direction de l'échangeur Décarie.

Le 18 mars 2017, après un accouplement sur la façade avant de la tour de l''université de Montréal, Spirit s'est envolée à 16h54 dans cette direction. Le mâle a disparu lui aussi, mais occupé à suivre Spirit, je n'ai pas vu où il est allé.  Au moins 1 faucon était de retour à 17h31 et une visite des 2 faucons dans le nichoir a été enregistrée par la caméra du nichoir de Faucons de l'UdeM à 17h43.

Une semaine plus tard, lors de ma visite suivante, un faucon qui était probablement Spirit est parti à nouveau dans cette direction à 14h38.  J'ai vu revenir un faucon approximativement de cette même direction à 15h55, soit approximativement 1h20 plus tard.

Évidemment il n'est pas possible d'affirmer que le faucon s'est rendu jusqu'à Décarie. Il serait cependant étonnant que les faucons pèlerins de l'université de Montréal ignoraient tout d'une éventuelle présence régulière de 1 ou plusieurs faucons pèlerins dans le secteur de Décarie.


Conclusions

Ce qui semble acquis, c'est qu'un couple de faucon pèlerin a fréquenté la tour d'eau d'Ericsson en janvier/février 2004. Plusieurs observations d'un faucon pèlerin ont par la suite été faites dans le secteur. Un petit nombre d'observations suggère même qu'un couple pourrait toujours fréquenter le secteur et peut-être même y nicher (observation par Sarah Koch de 3 faucons pèlerins en février 2016, observation par Alain Robert de 2 faucons pèlerins en 2011). J'ajoute à ces indices la découverte d'un faucon pèlerin juvénile en août 2016 ainsi que le comportement apparemment territorial du faucon pèlerin observé ces derniers jours à l'ancienne tour à eau d'Ericsson.

La figure ci-dessous montre, à l'aide des données d'eBird, le secteur où ont été faites certaines de ces observations, ainsi qu'une esquisse du territoire de 2 couples de faucon pèlerin bien connus: celui de l'université de Montréal et celui de l'Échangeur Turcot. Les symboles en forme de goutte représentent une ou plusieurs observations, celles en rouge datant de moins de 1 mois.

Observations de faucon pèlerin rapportées sur eBird (Image fournie par eBird (www.ebird.org) et créée le 13 août 2017)
Clairement cette figure et les observations que j'ai rapportées ne montrent qu'une très faible partie de la réalité. Beaucoup de questions restent sans réponse:
  • Le couple de faucon pèlerin a-t-il continué à fréquenter l'ancienne tour d'eau d'Ericsson après février 2004? Si ce n'est pas le cas, peut-on au moins affirmer que Claude Lamoureux - qui était à l'origine de ces observations - a cessé d'observer à cet endroit?
  • Beaucoup plus récemment, un faucon pèlerin a-t-il été observé sur la tour à eau dans les heures ou jours qui ont précédé la découverte de Spirit au pied de cette tour le 24 juillet 2017? Même question avant le 10 juin?
  • Plus généralement y-a-t-il eu d'autres observations de faucon pèlerin qui ont été faites dans le secteur de Décarie montré par la figure ci-dessus?  
Nul doute que ce secteur fera l'objet d'une attention particulière ces prochains mois de la part des observateurs de faucon pèlerin! Si vous pensez avoir vu un faucon pèlerin dans ce secteur ou si vous avez des réponses aux questions précédentes, vous pouvez m'envoyer un courriel à l'adresse falcoUrbanis@gmail.com, ou encore laisser un message sur ma page Facebook ou sur ce blogue.